La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict, ce lundi 2 mars en soirée. Le jugement est tombé après des heures de délibéré : Marouane Mabrouk, l’homme d’affaires et gendre de l’ancien président Zine El-Abidine Ben Ali, écope de vingt années de prison. L’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, lui, est condamné à six ans avec mandat de dépôt immédiat.
Dans la salle d’audience, l’atmosphère était tendue. Les avocats de la défense ont échangé quelques mots rapides avant de quitter les lieux sans faire de déclaration. Le parquet, lui, a salué une décision « lourde mais nécessaire ».
Le premier dossier concernait directement Marouane Mabrouk et l’une de ses sociétés. Les juges l’ont reconnu coupable de malversations financières et l’ont condamné à quatorze ans de prison, assortis d’amendes conséquentes et d’une confiscation de ses biens. Une peine qui s’ajoute à celle déjà prononcée dans une autre affaire bancaire il y a quelques mois.
Mais c’est le second volet qui a retenu toute l’attention. Il remonte à 2017, lorsque Marouane Mabrouk obtient la levée du gel de ses avoirs auprès de l’Union européenne. Une décision prise lors d’un conseil ministériel restreint, sous le gouvernement de Youssef Chahed. Pour cette affaire, l’homme d’affaires a pris six ans supplémentaires.
Le tribunal a longuement examiné le rôle des ministres présents ce jour-là. Trois d’entre eux – Salma Loumi, Samir Taïeb et Imed Hammami – avaient voté contre la levée du gel. Ils ont été relaxés. Les autres, ceux qui avaient donné leur accord, n’ont pas eu la même chance. Riadh Mouakher, Khemaies Jhinaoui et Ridha Chalghoum ont écopé de six ans de prison chacun, sur la base de l’article 96 du code pénal qui sanctionne les abus de fonction.
Youssef Chahed et Mabrouk Korchid, également condamnés à six ans, font l’objet d’un mandat de dépôt immédiat. Tous deux sont considérés comme en fuite.
Pour Marouane Mabrouk, cette condamnation s’ajoute à une longue liste. Arrêté il y a plus de deux ans, il avait récemment vu sa demande de libération conditionnelle soumise à une caution colossale, ramenée de 1 milliard à 800 millions de dinars tunisiens. Une somme qui donne une idée de l’ampleur des intérêts en jeu dans ces dossiers.
La défense n’a pas encore indiqué si elle ferait appel. En attendant, Marouane Mabrouk reste détenu, purgeant déjà une autre peine de cinq ans dans une affaire distincte. Quant à Youssef Chahed, son avocat n’était pas joignable en fin de soirée.


