La fille aînée de l’ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, Nesrine Ben Ali, a été condamnée jeudi 16 avril 2026 par le Tribunal de police de Genève. Les faits jugés remontent à l’été dernier, dans le quartier des Grottes, où elle a été reconnue coupable d’avoir molesté un couple de gérants d’une épicerie, ainsi que de détention illicite de stupéfiants. L’incident, survenu à la suite d’un différend lié à un paiement, a conduit à l’intervention des forces de l’ordre et à l’ouverture d’une procédure pénale, close par une sanction dont les modalités précises n’ont pas encore été rendues publiques.
Une altercation estivale aux Grottes et des traces de stupéfiants
Selon le jugement consulté par nos soins, les faits se sont déroulés au mois d’août 2025. Nesrine Ben Ali, âgée d’une quarantaine d’années et résidant de longue date en Suisse, se trouvait dans une épicerie du quartier des Grottes – secteur populaire et cosmopolite de Genève – lorsqu’une dispute a éclaté avec les tenanciers. La raison initiale du conflit porterait sur le règlement d’une course, mais la tension a rapidement dégénéré. Selon les témoignages recueillis par la police genevoise, la prévenue aurait bousculé violemment l’épicière avant de porter une gifle à son mari, qui tentait de s’interposer. Le couple, légèrement blessé, a déposé plainte le jour même.
Lors de sa garde à vue, les enquêteurs ont procédé à une fouille et à des analyses toxicologiques. Celles-ci ont révélé la présence de résine de cannabis dans les affaires personnelles de Nesrine Ben Ali, ainsi que des traces de métabolites du tétrahydrocannabinol dans son organisme, confirmant une consommation récente. La quantité saisie – inférieure à dix grammes – a été qualifiée de « détention pour usage personnel » par le parquet.
Devant le tribunal, la prévenue a contesté la qualification de violences, affirmant avoir simplement tenté de se dégager d’une altercation. Toutefois, plusieurs témoins indépendants ont corroboré la version du couple d’épiciers. Quant au chef de stupéfiants, Nesrine Ben Ali en a reconnu la matérialité, plaidant une consommation occasionnelle à des fins personnelles. Le tribunal a retenu les deux infractions, prononçant une peine pécuniaire – vraisemblablement une amende – assortie d’un rappel à la loi pour les stupéfiants. Le montant exact de l’amende n’a pas été communiqué, la décision n’étant pas encore définitive.
De Tunis à Genève : l’ombre d’un nom et une vie discrète
Nesrine Ben Ali est l’aînée des trois enfants de l’ancien président tunisien, renversé en janvier 2011 par la révolution qui a mis fin à vingt-trois ans de régime autoritaire. Après la fuite du clan Ben Ali vers Djeddah, en Arabie saoudite, où l’ex-chef d’État est mort en 2019, ses enfants ont progressivement regagné des pays occidentaux. Nesrine Ben Ali s’est installée en Suisse, à Genève, il y a près de dix ans, bénéficiant d’un permis de séjour. Jusqu’à cette affaire, elle menait une existence relativement discrète, loin des projecteurs, travaillant dans le secteur privé.
En Tunisie, son nom reste associé aux excès du régime déchu. Plusieurs membres de la famille Ben Ali ont été condamnés par contumace pour corruption ou abus de biens sociaux, mais Nesrine Ben Ali n’avait jusqu’ici pas fait l’objet de poursuites pénales dans son pays d’origine. La Tunisie n’a pas formulé de demande d’extradition à son encontre, et la Suisse ne l’aurait de toute façon pas accordée pour des faits aussi mineurs. Cette condamnation genevoise, bien que sans rapport avec la politique tunisienne, rappelle néanmoins l’ancrage helvétique d’une figure de l’ex-famille dirigeante.
Une sanction ordinaire pour une affaire sans précédent politique
Les observateurs judiciaires genevois soulignent le caractère banal de l’affaire sur le plan pénal : une altercation de voisinage et une petite quantité de stupéfiants n’auraient sans doute pas mérité une couverture médiatique, si ce n’était le patronyme de la prévenue. Pour autant, le tribunal a traité Nesrine Ben Ali comme n’importe quel justiciable, sans égard particulier pour son origine. La défense a indiqué qu’elle réfléchissait à un éventuel appel, sans toutefois en préciser les motifs.
Que reste-t-il du passé quand la justice ordinaire rattrape les héritiers de l’histoire ? Cette condamnation, anecdotique dans le flux des décisions pénales genevoises, pose en creux la question de la banalisation du parcours judiciaire des ex-dirigeants déchus et de leurs proches, désormais soumis aux mêmes lois que les simples citoyens des pays où ils se sont réfugiés. L’épilogue judiciaire de cette affaire, qu’il s’agisse d’un non-appel ou d’un recours, dira si Nesrine Ben Ali entend tourner définitivement la page ou contester jusqu’au bout des faits que rien, hormis son nom, ne distingue de ceux de milliers d’autres prévenus.



