HomeA la uneLa santé de Wael Nawar se dégrade, la répression s'intensifie à Tunis

La santé de Wael Nawar se dégrade, la répression s’intensifie à Tunis

Six mois de détention préventive, une grève de la faim qui s’éternise, et maintenant un état de santé qualifié de critique. Wael Nawar, militant tunisien membre de la Global Sumud Flotilla, incarne aujourd’hui l’urgence d’une situation que ses soutiens tentaient de dénoncer dimanche dans les rues de Tunis. Leur mobilisation s’est soldée, dans la nuit, par l’arrestation d’au moins quinze personnes — certaines interpellées jusque dans leur propre domicile.

L’urgence d’un homme en détention

Arrêté en mars pour sa participation à la mission de la Sumud Flotilla — une expédition ayant tenté d’acheminer une aide humanitaire à Gaza en dépit du blocus israélien —, Wael Nawar attend depuis six mois d’être jugé. Début septembre, à bout de patience face à la prolongation de sa détention, il a rejoint trois autres militants tunisiens du mouvement, Nabil Chanufi, Ghassan Henchiri et Ghassan Bughdiri, dans une grève de la faim.

C’est son cas qui suscite aujourd’hui le plus d’inquiétude. À la prison d’El Mornaguia, son état de santé serait devenu critique, selon les informations relayées par ses soutiens. Aucune donnée médicale officielle n’a pour l’heure été rendue publique. Mais cette annonce a suffi à précipiter une mobilisation en sa faveur, dimanche, dans la capitale.

Une nuit d’arrestations après le rassemblement

Le rassemblement de dimanche demandait une chose simple : la libération des quatre détenus. La réponse est tombée quelques heures plus tard. Selon un communiqué de la Global Sumud Flotilla, au moins quinze manifestants ont été arrêtés dans la nuit, plusieurs directement chez eux plutôt que sur les lieux mêmes de la protestation. Certaines familles, précise l’organisation, restent sans nouvelles de leurs proches.

Pour la Flottille, cette vague d’interpellations envoie un signal inquiétant : soutenir des détenus en grève de la faim ne devrait pas, en soi, constituer un motif d’arrestation. L’organisation exige la libération immédiate de tous les manifestants interpellés, ainsi que des informations claires sur leur lieu de détention.

Une mobilisation ancrée dans un mouvement plus large

La participation de citoyens tunisiens à la Sumud Flotilla n’est pas un cas isolé. Ces expéditions maritimes, organisées à plusieurs reprises pour tenter de briser le blocus imposé à Gaza, ont rassemblé des militants de nombreux pays et ont, à chaque fois, exposé leurs participants à des risques d’interception et d’arrestation. En Tunisie, l’engagement dans ce type d’action s’appuie sur un soutien large et transpartisan à la cause palestinienne au sein de la société civile.

Reste que la durée de la détention préventive infligée à Wael Nawar et ses trois compagnons — six mois sans procès — pose une question de fond sur la proportionnalité des poursuites engagées à leur encontre pour un engagement de nature humanitaire.

Un espace civique de plus en plus sous tension

Les événements de dimanche s’inscrivent dans une tendance documentée depuis plusieurs années par les organisations de défense des droits humains : celle d’un rétrécissement de l’espace laissé à la contestation en Tunisie. Les rassemblements en soutien à des détenus, qu’ils touchent à des dossiers politiques ou, comme ici, à une cause internationale, se heurtent de plus en plus souvent à des réponses sécuritaires strictes. Les arrestations à domicile, en particulier, sont régulièrement critiquées par les avocats, qui y voient un frein à l’accès rapide des personnes interpellées à une défense.

Pour l’instant, aucune indication n’a filtré sur une éventuelle prise en charge médicale de Wael Nawar, ni sur le sort réservé aux quinze personnes arrêtées cette nuit. Deux questions qui, l’une comme l’autre, restent en suspens.

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