Place Mohamed-Ali, au siège historique de l’Union générale tunisienne du travail, la Commission administrative nationale s’est réunie le 9 septembre 2026 sous la présidence du secrétaire général Sofiane Salmi. À l’issue de ses travaux, l’instance a rendu public un communiqué qui balaie un large spectre de sujets : pouvoir d’achat en berne, services publics fragilisés, situation des syndicalistes et des journalistes, drame migratoire de Ben Guerdane. Au terme de ce constat, la centrale syndicale réaffirme un engagement déjà pris lors de son 26e congrès : celui d’une grève générale, dont elle confie la préparation concrète à son bureau exécutif national.
Le pouvoir d’achat, fil rouge du communiqué
Le fil conducteur du texte adopté par la Commission administrative tient en une phrase : cinq années de décisions prises, selon elle, sans concertation, n’ont pas permis d’enrayer une crise qui s’aggrave. L’UGTT pointe la baisse continue du pouvoir d’achat, la hausse des prix et le recul des services publics dans la santé, l’éducation et les transports. Elle évoque aussi des difficultés récurrentes d’approvisionnement en eau, en électricité, en médicaments et en produits de première nécessité.
Plutôt que de se contenter du constat, l’organisation avance des pistes : un plan national d’urgence articulé autour de la protection du pouvoir d’achat, de la lutte contre la spéculation, du soutien aux entreprises publiques et d’une priorité affichée pour l’emploi et le développement régional.
Des travailleurs en mouvement, une jeunesse qui fuit
Le communiqué rend hommage aux mobilisations sociales observées ces derniers mois dans les mines, les banques, le transport, l’enseignement, ou encore le secteur privé à Sfax et à Ben Arous. La centrale y affiche son soutien de principe aux diplômés chômeurs qui se mobilisent, et rejette toute approche sécuritaire face à des revendications qu’elle qualifie de légitimes.
Le texte s’arrête aussi, avec une tonalité plus grave, sur le naufrage de migrants survenu au large de Ben Guerdane. L’UGTT y exprime sa solidarité avec les familles endeuillées et salue les habitants mobilisés dans les recherches. Elle en tire une conclusion politique : sans une politique nationale de développement, d’emploi et de protection de la jeunesse, une partie des jeunes Tunisiens continuera, selon elle, à risquer sa vie en mer faute de perspectives dans leur pays.
Syndicalistes, journalistes, justice : trois fronts cités
Sur le terrain des libertés, la Commission administrative dénonce ce qu’elle appelle des atteintes au travail syndical et réclame la libération des syndicalistes qu’elle considère emprisonnés en raison de leur activité. Elle affirme dans la foulée son attachement à l’indépendance de la justice et aux garanties d’un procès équitable, avant d’exprimer son soutien aux journalistes et de réclamer la libération de toute personne emprisonnée, selon ses termes, pour son opinion ou son activité pacifique. Les conditions de détention dans les prisons tunisiennes sont également citées parmi les sujets de préoccupation de l’organisation.
La grève générale, entre principe et mise en œuvre
Reste le point le plus concret du communiqué : la confirmation du principe d’une grève générale, adopté lors du 26e congrès de l’UGTT et présenté comme une décision engageante pour l’organisation. La Commission administrative charge le bureau exécutif national de bâtir, en lien avec un cadre de coordination associant des forces de la société civile, un plan d’action progressif menant à cette grève. Unions régionales, fédérations et syndicats de base sont invités à préparer, chacun à leur échelle, des plans d’action adaptés.
Le texte se referme sur un autre terrain, international celui-là : la réaffirmation de la solidarité de l’UGTT avec le peuple palestinien et une demande de libération des prisonniers de la flottille Sumud.
Une centrale au poids politique ancien
L’UGTT occupe une place particulière dans l’histoire politique tunisienne. Son rôle dans le Dialogue national de 2013-2014, salué par l’attribution du prix Nobel de la paix en 2015 à un quatuor d’organisations dont elle faisait partie, en a fait un acteur incontournable des grandes séquences politiques du pays. Depuis plusieurs années, ses relations avec le pouvoir exécutif se tendent régulièrement, autour des négociations salariales dans la fonction publique, des réformes économiques ou de la place laissée aux corps intermédiaires dans les décisions publiques.
Un mot d’ordre encore à traduire dans les faits
Le principe d’une grève générale est acquis depuis le congrès de l’organisation ; sa concrétisation, elle, reste suspendue au plan d’action que doit désormais élaborer le bureau exécutif national. Reste à voir quelle forme prendra cette mobilisation dans les semaines à venir, et comment les autorités tunisiennes répondront à un communiqué qui mêle constat social, revendications politiques et solidarité internationale.


