Un homme filmé à visage découvert, réclamant l’exécution d’un opposant historique de 76 ans : c’est ce que montre une vidéo mise en ligne depuis quelques jours et qui vise Hamma Hammami, secrétaire général du Parti des travailleurs tunisien, ainsi que plusieurs autres personnalités politiques et juridiques du pays. Diffusée sur les réseaux sociaux tunisiens à la mi-juillet, la séquence a conduit Hamma Hammami à déposer plainte, tandis que le responsable politique français Jean-Luc Mélenchon interpellait publiquement les autorités tunisiennes pour réclamer sa protection et la poursuite des auteurs de ces menaces. L’épisode, loin d’être isolé, ravive un débat plus ancien sur la sécurité des voix critiques du pouvoir en Tunisie.
Ce que montre la vidéo
Pendant plus de trois minutes, un homme non identifié s’en prend nommément à Hamma Hammami, ainsi qu’aux avocats Samir Dilou, Mohamed Abbou et Ezzeddine Hazgui, et à Rached Ghannouchi, dirigeant historique d’Ennahdha. Le ton ne laisse pas de place au doute : l’auteur réclame à plusieurs reprises l’exécution de Hamma Hammami, se déclare prêt à passer lui-même à l’acte, et évoque un scénario où les personnes citées seraient réunies et attachées ensemble. Il demande également aux autorités d’empêcher certaines d’entre elles de quitter le territoire.
Pour étayer son propos, l’homme prête à Hamma Hammami des déclarations sur une mobilisation prévue à partir du 25 juillet — une date associée au processus politique engagé par Kaïs Saïed depuis 2021. Cette attribution n’a toutefois pas pu être vérifiée de manière indépendante. Plusieurs médias tunisiens, dont Business News, ont choisi de ne pas diffuser la vidéo dans son intégralité, se contentant d’en rapporter le contenu à titre informatif.
Une plainte, et un appel venu de Paris
Face à la gravité de ces propos, Hamma Hammami a annoncé avoir saisi la justice tunisienne. Sa démarche a rapidement trouvé un écho au-delà des frontières du pays : Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, a publiquement exprimé son inquiétude, désignant Hamma Hammami comme un camarade et un militant de longue date des libertés démocratiques. Il a demandé que sa sécurité soit garantie et que les responsables de ces menaces soient sanctionnés, tout en soulignant que cette violence lui semblait étrangère à l’image qu’il se fait de la Tunisie, pays qu’il a qualifié d’ami.
Cet appel a été relayé par plusieurs soutiens du Parti des travailleurs, qui réclament que le ministère public se saisisse sans délai de l’affaire, afin d’assurer à la fois une protection effective de Hamma Hammami et l’identification de l’auteur de la vidéo. À ce jour, ni le parquet ni le ministère de l’Intérieur n’ont communiqué publiquement sur l’état d’avancement de l’enquête ou sur d’éventuelles mesures de protection prises en faveur du dirigeant menacé.
Un climat de tension qui dépasse un seul homme
Ce que révèle avant tout cette affaire, c’est la persistance d’un climat de menaces visant, en Tunisie, les opposants politiques, les avocats, les défenseurs des droits humains et les journalistes. Depuis plusieurs années, des voix critiques du pouvoir font régulièrement état de campagnes de harcèlement en ligne, sans que leurs auteurs soient toujours identifiés ni poursuivis avec la même rigueur que celle appliquée à d’autres formes d’expression. Des publications d’opinion, pourtant dénuées de tout appel à la violence, ont pu par le passé donner lieu à des poursuites judiciaires, ce qui nourrit, chez plusieurs organisations de défense des droits humains, un sentiment de traitement inégal des contenus en ligne selon qu’ils soutiennent ou critiquent le pouvoir en place.
Une figure marquée par des décennies de répression
Hamma Hammami n’en est pas à sa première confrontation avec le pouvoir. Ancien porte-parole clandestin du Parti communiste des ouvriers de Tunisie sous le régime de Ben Ali, il a été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises, et aurait, selon des témoignages documentés à l’époque, subi des mauvais traitements en détention. Devenu secrétaire général du Parti des travailleurs après la révolution de 2011, il s’est imposé comme l’une des figures les plus constantes de la gauche tunisienne, y compris face au nouveau cadre institutionnel mis en place par Kaïs Saïed depuis 2021, qu’il a critiqué à plusieurs reprises.
Il n’est pas non plus la première fois que Hamma Hammami fait l’objet de menaces : des épisodes similaires lui avaient déjà valu, par le passé, un dispositif de protection rapprochée, allégé depuis. Cette nouvelle alerte s’inscrit ainsi dans un climat politique tunisien toujours marqué par de fortes tensions entre partisans et opposants du processus engagé depuis 2021, où la question de la liberté d’expression continue de diviser.
L’enquête ouverte après la plainte de Hamma Hammami devra désormais établir l’identité de l’auteur de la vidéo. Reste à savoir si la mobilisation suscitée par cette affaire, en Tunisie comme à l’étranger, contribuera à faire évoluer le traitement judiciaire réservé aux menaces en ligne visant les voix critiques du pouvoir.


