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Les enquêtes d’opinion font partie de ce qui est appelé les «professions para-politiques ». Elles se sont « emparées des sondages pour imposer leur vision du monde, en interprétant ce que veut le peuple», disait un sociologue français, Patrick Champagne. Pour le paraphraser, on dirait que certaines sociétés de sondage, abusivement appelées «instituts», de chez nous ainsi que quelques médias se sont spécialisés dans la manipulation d’une opinion publique tenue sous leur diktat parce que versatile et facilement influençable. Les plus anciennes de ces sociétés se sont  du jour au lendemain mues en sondeurs d’opinions politiques après s’être longtemps consacrées aux études de marché, passant ainsi de sociétés de marketing spécialisées dans la promotion de différentes marques de produits de consommation à des observatoires de la vie politique nationale. Largement inconnues du grand public avant le 14 janvier 2011, et en l’absence d’un texte les réglementant, elles semblent avoir tiré leur notoriété de leur reconversion dans la politique, profitant de l’engouement pour cet outil qu’est le sondage, devenu une source d’information et de mesure de l’opinion.
Le pire c’est que les résultats de ces baromètres politiques qui tombent d’un moment à l’autre sont largement repris dans les médias souvent sans analyse ni commentaires, ni aucun recul et ont tendance à renvoyer à l’opinion l’image que les commanditaires voulaient obtenir. Sans entrer dans les détails, ni chercher à taxer ces instituts de quoi que ce soit, sans en avoir les preuves, et quand bien même les méthodes et les techniques utilisées sont, d’après eux, conformes aux standards exigés, le doute persiste quant au choix de l’échantillon, à la bonne administration du questionnaire et à l’interprétation des résultats. «Même s’il n’y a pas de recette miracle pour réaliser une bonne enquête et obtenir à tous les coups des résultats pertinents, il existe des règles incontournables à respecter à chaque étape», disent les spécialistes. Ces règles sont-elles toujours respectées ? N’y a-t-il pas de desseins inavoués qui se cachent derrière chaque baromètre politique ?  Les personnes sondées ne tombent-elles pas sous l’influence de l’enquêteur et leurs réponses traduisent-elles leurs véritables intentions ? Et apportent-elles une garantie de véracité ?
Faut-il interdire les sondages ?
Le panel parfait n’existe pas. Car, même bien administrée, la marge d’erreur dans une enquête est estimée entre 3 et 6% selon la méthode utilisée de quota ou celle aléatoire. Pour être explicite si un candidat ou un parti est crédité de 10% des intentions de vote, ce chiffre pourrait se situer entre 4 et 16%. L’écart devient alors important. En plus du traitement des données et leur «redressement» pour les adapter aux objectifs assignés dès le départ à l’enquête.
Les connaisseurs savent bien que les sondages sont, des fois, sujets à des manipulations et les instituts ne peuvent pas résister à des pressions aussi bien d’ordre politique qu’économique. Les exemples sont légion des instituts, partout dans le monde, soudoyés par des forces politiques ou économiques pour formater les sondages. Des spécialistes ont mis en garde contre leur caractère parfois dangereux et abusif. Ils ont, même, mis en doute «l’impartialité des entreprises de sondages et marketing, détenues ou financées par les budgets de grands groupes financiers proches des hommes politiques ou désireux de promouvoir ou défendre leurs intérêts particuliers, qui est de plus en plus questionnée dans la société».

Alors faut-il tout simplement les interdire, à défaut de pouvoir les encadrer strictement ? «Le sondage politique c’est un produit d’appel fantastique. Un des péchés mignons des sondeurs, c’est de montrer leur bobine à la télévision. Vu à la télé, ça permet de signer des gros contrats sur plein de domaines». Ce n’est pas l’auteur de cet article qui le dit, mais c’est un certain Alain Garrigou, créateur de l’Observatoire français des sondages.

B.O