{"id":3190,"date":"2021-05-16T13:08:34","date_gmt":"2021-05-16T11:08:34","guid":{"rendered":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/?p=3190"},"modified":"2021-05-16T13:08:34","modified_gmt":"2021-05-16T11:08:34","slug":"une-justice-a-deux-vitesses-pour-les-revenantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/une-justice-a-deux-vitesses-pour-les-revenantes\/","title":{"rendered":"Une justice \u00e0 deux vitesses pour les \u00ab revenantes\u00bb ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>L&rsquo;ONG Human Rights Watch d\u00e9nonce dans un communiqu\u00e9 le flou qui entoure les arrestations d&rsquo;\u00e9pouses de membres pr\u00e9sum\u00e9s de l&rsquo;o<\/em><\/strong><em><strong>rganisation Etat islamique. Mi-mars, 10 femmes et 14 enfants d\u00e9tenus dans des prisons en Libye ont fait leur retour en Tunisie.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 2019, l\u2019organisation Etat islamique perdait du terrain en Syrie. La Tunisie fut l\u2019un des principaux pourvoyeurs de l\u2019organisation terroriste, que ce soit en Irak ou en Syrie. Alors, lorsque l&rsquo;Etat islamique se trouva mal en point, la question du retour se posa : selon Mathieu Guid\u00e8re, auteur de \u00ab L&rsquo;Atlas du terrorisme islamiste \u00bb, qui r\u00e9pondait \u00e0 une interview fin 2020, \u00ab 1 500 combattants tunisiens sont rentr\u00e9s au pays \u00bb. Selon l\u2019universitaire fran\u00e7ais, \u00ab les deux-tiers ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s, mais il en est rest\u00e9 un tiers dans la nature \u00bb. La d\u00e9licate question du retour des terroristes en Tunisie s\u2019est pos\u00e9e un an auparavant : au moment de la derni\u00e8re pr\u00e9sidentielle, les candidats avaient soigneusement \u00e9vit\u00e9 le sujet. D\u2019autant que l\u2019on ne dispose que de peu de chiffres s\u00e9rieux sur la question. Loin des estimations de Mathieu Guid\u00e8re, on d\u00e9nombre en effet entre 3 500 et 6 000 Tunisiens qui seraient partis combattre aux c\u00f4t\u00e9s des diff\u00e9rentes organisations terroristes. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des femmes emprisonn\u00e9es et abandonn\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Si la question du retour des terroristes est donc soigneusement contourn\u00e9e, celle sur le retour de leurs \u00e9pouses et enfants se pose un peu plus s\u00e9rieusement. En 2019, le minist\u00e8re tunisien de la Femme et de l\u2019Enfance affirmait que \u00ab 200 femmes et 100 enfants se r\u00e9clamant de nationalit\u00e9 tunisienne \u00bb \u00e9taient d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sans inculpation. Des chiffres l\u00e0 encore tr\u00e8s approximatifs. Seule certitude : \u00e0 l\u2019\u00e9poque, plusieurs femmes avaient tent\u00e9 de revenir \u00e0 Tunis en passant par le consulat de Tunisie \u00e0 Istanbul. Car pour fouler \u00e0 nouveau le sol tunisien, les familles de combattants de l\u2019Etat islamique n\u2019ont pu compter que sur le syst\u00e8me D. \u00ab Les pr\u00e9occupations l\u00e9gitimes portant sur la s\u00e9curit\u00e9 ne donnent pas aux gouvernements le droit d\u2019abandonner leurs ressortissants, notamment les jeunes enfants, d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sans inculpation, dans des prisons et des camps sordides \u00bb, estimait Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions li\u00e9es \u00e0 la lutte antiterroriste \u00e0 Human Rights Watch. <\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits Humains, on indique que \u00ab les membres des familles des jihadistes captur\u00e9s ou tu\u00e9s en Syrie et en Irak doivent \u00eatre rapatri\u00e9s, \u00e0 moins qu\u2019ils ne soient poursuivis pour des crimes \u00bb. Pr\u00e8s de deux ans plus tard, ce sont les conditions de d\u00e9tention des femmes de terroristes qui continuent d\u2019animer le d\u00e9bat. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ONU estime que \u00ab le maintien en d\u00e9tention de personnes qui ne sont pas soup\u00e7onn\u00e9es de crimes, en l\u2019absence de fondement l\u00e9gal et d\u2019un contr\u00f4le judiciaire ind\u00e9pendant r\u00e9gulier, n\u2019est pas acceptable \u00bb, HRW vient de publier un long plaidoyer en faveur d\u2019un meilleur traitement de ces \u00ab revenantes \u00bb. A ces femmes de membres de l\u2019Etat islamique, \u00ab il faut leur assurer un traitement humain, des proc\u00e9dures r\u00e9guli\u00e8res et des soins m\u00e9dicaux \u00bb, \u00e9crit l\u2019ONG. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pas de ligne politique claire sur le sujet<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation non gouvernementale assure d\u2019ailleurs que les femmes d\u2019hommes soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019\u00eatre des membres de l\u2019EI ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es en d\u00e9tention et, pour certaines, \u00ab ont subi des abus, ont contract\u00e9 le Covid-19 et se sont vu refuser leurs droits fondamentaux \u00bb. Rien qu\u2019entre le 11 et le 18 mars 2021, les autorit\u00e9s tunisiennes ont, assure HRW, rapatri\u00e9 10 femmes et 14 enfants qui \u00e9taient d\u00e9tenus dans des prisons en Libye. Certaines familles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenues pendant plus de cinq ans. \u00ab Le fondement juridique de la garde \u00e0 vue prolong\u00e9e de ces femmes sans inculpation est la Loi tunisienne de 2015 relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, qui allonge la p\u00e9riode l\u00e9gale de d\u00e9tention au secret de 6 jours \u00e0 un maximum de 15 jours pour les personnes soup\u00e7onn\u00e9es de terrorisme, permet aux tribunaux de tenir leurs audiences \u00e0 huis clos et autorise les t\u00e9moins \u00e0 ne pas r\u00e9v\u00e9ler leur identit\u00e9 aux pr\u00e9venus \u00bb, conclut HW. <\/p>\n\n\n\n<p>Plus de cinq ans apr\u00e8s les premiers retours, la Tunisie continue de se poser des questions. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019\u00c9tat tunisien n\u2019a adopt\u00e9 aucune politique claire concernant le rapatriement de ces \u00ab revenantes \u00bb. Ni concernant celui des enfants. \u00ab Il n\u2019y a pas une v\u00e9ritable volont\u00e9 de rapatrier ces enfants, notamment parce que la confusion entre djihadistes et enfants persiste. On ne se rend pas compte que les enfants sont avant tout des victimes \u00bb, indiquait en 2020 au Monde Anouar Ouled Ali, avocat et responsable de l\u2019Observatoire tunisien des droits et des libert\u00e9s. Les politiques ont-ils vraiment envie d\u2019adopter une politique plus claire ? Pas \u00e9vident, car l\u2019opinion publique semble \u00e0 fleur de peau sur ce sujet. En janvier 2020, Ka\u00efs Sa\u00efed avait re\u00e7u les orphelins des combattants de l\u2019Etat islamique. Il avait alors d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab ce sont des enfants innocents et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour leur rapatriement sont \u00e9normes \u00bb. Malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de la part du peuple tunisien, pas vraiment impatient de revoir les femmes et enfants des combattants de l\u2019Etat islamique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ONG Human Rights Watch d\u00e9nonce dans un communiqu\u00e9 le flou qui entoure les arrestations d&rsquo;\u00e9pouses de membres pr\u00e9sum\u00e9s de l&rsquo;organisation Etat islamique. Mi-mars, 10 femmes et 14 enfants d\u00e9tenus dans des prisons en Libye ont fait leur retour en Tunisie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3193,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[31,32,206],"tags":[304,911,1063,1177,1601,1760,2708,2826,2894],"class_list":{"0":"post-3190","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"category-societe","10":"tag-actualite","11":"tag-daech","12":"tag-droits-humains","13":"tag-etat-islamique","14":"tag-justice","15":"tag-leader-detat-islamique","16":"tag-syrie","17":"tag-tunisie","18":"tag-une-justice-a-deux-vitesses"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3190"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3190\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}