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Tunisie: Libération de la journaliste Chadha Hadj Mbarek

Tunis – Sous le poids d’une urgence médicale dénoncée internationalement, la journaliste tunisienne Chadha Hadj Mbarek a recouvré la liberté ce mardi 13 janvier 2026, après plus de deux ans et demi de détention dans le cadre de l’affaire « Instalingo ». La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Tunis a ordonné sa libération en modifiant son verdict, réduisant sa peine à deux ans de prison avec sursis, une décision intervenue alors que son état de santé, marqué par la découverte de deux cancers, exigeait des interventions chirurgicales immédiates.

Un aménagement de peine pour raisons humanitaires

Alors que la cour a confirmé les condamnations prononcées en première instance contre les autres accusés du dossier, le cas de la journaliste a fait l’objet d’un réexamen. Les chefs d’accusation les plus graves retenus initialement à son encontre, tels que « travail sur la modification de la forme de l’État », ont été écartés. Sa condamnation a finalement été limitée au chef d’« atteinte à la sécurité extérieure de l’État », justifiant la réduction de sa peine et son élargissement.

Cette décision judiciaire survient après des semaines de mobilisation intense de sa famille et d’organisations de défense des droits humains. Elles alertaient sur l’aggravation dramatique de son état de santé en détention, évoquant une « négligence médicale systématique ». Des examens ont révélé la présence de deux cancers nécessitant des opérations urgentes, l’un à l’estomac et l’autre à la poitrine.

Une incarcération au cœur d’une affaire politico-judiciaire sensible

Chadha Hadj Mbarek, éditrice de contenu pour les réseaux sociaux, était salariée de la société Instalingo. Cette entreprise de communication numérique est au centre d’une vaste procédure judiciaire visant 41 personnes, parmi lesquelles d’importantes figures politiques et des hommes d’affaires. Les autorités accusent cette structure d’avoir été un instrument de diffusion de contenus critiques envers le gouvernement, financé par l’opposition.

Dans ce même procès, des personnalités comme Rached Ghannouchi ou Hichem Mechichi ont écopé de lourdes peines allant jusqu’à 54 ans d’emprisonnement pour des charges liées à la sécurité de l’État. Le cas de la journaliste s’était progressivement distingué, devenant un symbole des préoccupations concernant la liberté de la presse et les conditions de détention.

La santé en détention : un combat qui a pesé dans la balance

Le parcours carcéral de Chadha Hadj Mbarek a été émaillé d’incidents mettant en lumière les conditions de détention. Sa famille a notamment rapporté une agression physique par une codétenue ayant entraîné une blessure à la main, insuffisamment soignée. Devant les tribunaux, le plaidoyer désespéré de sa mère, évoquant le péril mortel, a contribué à internationaliser la pression.

Des organismes comme le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) ont fermement condamné le défaut de soins, le qualifiant d’acte « cruel et inhumain », et ont réclamé sa libération pour raisons médicales. Ces appels ont incontestablement influencé l’issue de l’audience d’appel.

Une liberté fragile et un contexte tendu pour la presse

Si sa libération est accueillie avec soulagement par ses soutiens, elle reste conditionnelle et n’efface pas la condamnation inscrite à son casier judiciaire. Son cas illustre les tensions persistantes autour de l’exercice du journalisme en Tunisie. Selon le CPJ, le pays comptait fin 2024 au moins cinq journalistes incarcérés, un niveau record depuis des décennies.

Pour de nombreux observateurs, l’affaire Instalingo, au-delà de ses aspects judiciaires, reflète un rétrécissement de l’espace démocratique et la criminalisation de certaines formes de critique. La libération pour raisons humanitaires de Chadha Hadj Mbarek lève un point de crise immédiat, mais laisse ouvert un débat plus large sur l’équilibre entre la sécurité nationale et la protection des libertés fondamentales dans le pays.

Aujourd’hui libre, la priorité de Chadha Hadj Mbarek se porte désormais sur un combat vital : celui pour sa santé, après des mois de lutte pour sa survie derrière les barreaux.

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