Tunis, le 25 janvier 2026
Alors que les tensions militaires entre les États-Unis et l’Iran atteignent un niveau critique avec le déploiement massif d’avions de guerre américains au Moyen-Orient, la Tunisie, qui a scellé un rapprochement diplomatique avec Téhéran ces derniers mois, se retrouve dans une position géopolitique délicate. Cet article analyse les liens réels entre les deux pays, les risques économiques et sécuritaires pour Tunis en cas de conflit ouvert, et explore les scénarios possibles alors que la région se prépare à une éventuelle tempête.
1. Un rapprochement diplomatique dans un contexte de crise régionale
La visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, à Tunis en septembre 2025, reçu par le président Kaïs Saïed au palais de Carthage, a marqué un apogée dans les relations bilatérales. Les deux parties ont réaffirmé leur solidarité face aux « atteintes systématiques à la sécurité et à la stabilité » dans la région, avec un accent marqué sur la situation à Gaza. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique engagée depuis environ un an et demi, illustrée par la visite du président Saïed à Téhéran en mai 2024 pour les funérailles du président Ebrahim Raisi – une première pour un chef d’État tunisien depuis 1965.
Ce rapprochement s’explique en grande partie par la nouvelle posture étrangère tunisienne, délibérément anti-occidentale, du président Saïed. Après avoir refusé un prêt de 1,9 milliard de dollars du FMI jugé trop contraignant, Tunis cherche à diversifier ses partenariats et à affirmer sa souveraineté. Pour l’Iran, cette ouverture répond à sa « politique de bon voisinage » visant à étendre son influence en Afrique et à rompre son isolement dans le monde arabe.
2. Relations économiques et culturelles : une réalité en deçà des déclarations
Malgré les déclarations d’intention sur la coopération économique, commerciale, touristique et culturelle, les chiffres révèlent des échanges marginaux.
Échanges commerciaux Tuniso-Iraniens : des volumes négligeables
| Indicateur | Valeur | Année | Détail / Commentaire |
|---|---|---|---|
| Exportations iraniennes vers la Tunisie | 22,38 millions USD | 2022 | Principalement du fer et de l’acier (21,31 M$). |
| Exportations tunisiennes vers l’Iran | 80 000 USD | 2023 | En chute libre (12,58 M$ en 2014). |
| Importations totales de la Tunisie | 25,48 milliards USD | 2023 | Les achats à l’Iran représentent ~0.09% du total. |
| Dépendance économique globale | Très faible | Actuel | L’UE (notamment l’Italie) et l’Algérie sont des partenaires bien plus critiques. |
Les liens culturels et sécuritaires sont tout aussi ténus. La Tunisie abrite une infime minorité chiite (moins de 1% de la population), et la méfiance envers le modèle théocratique iranien reste forte dans la société. L’Iran a ouvert un centre culturel à Tunis en 2007, mais ces structures sont souvent soupçonnées par les pays occidentaux de servir à du prosélytisme ou du renseignement plutôt qu’à un véritable échange. Aucune coopération sécuritaire significative n’a été rapportée.
3. L’ombre de la menace militaire américaine
La menace d’un conflit ouvert est plus tangible que jamais. Depuis mi-janvier 2026, les États-Unis ont considérablement renforcé leur dispositif militaire dans la région en prévision de frappes potentielles contre l’Iran.
- Déploiement aérien massif : Plus de 80 avions de combat américains et britanniques (F-15E, F-16, A-10, Eurofighter Typhoon) sont désormais positionnés au Moyen-Orient, notamment en Jordanie et au Qatar.
- Arrivée d’un groupe naval : Le porte-avions USS Abraham Lincoln, escorté de trois destroyers et porteur d’avions F-35C, doit arriver dans la zone vers le 25 janvier.
- Capacité de frappe complète : Ce déploiement, couplé à des avions ravitailleurs et de transport logistique, offre au président américain Donald Trump « de larges options militaires ».
Face à cela, l’Iran affirme avoir reconstitué son arsenal de missiles et aurait reçu du matériel défensif de la Chine, même si sa capacité à résister à une attaque de grande ampleur est mise en doute.
4. Scénarios d’un conflit et implications pour la Tunisie
Des analystes tunisiens et internationaux envisagent plusieurs trajectoires possibles en cas d’escalade.
Scénario 1 : L’escalade régionale limitée
L’Iran riposte de manière ciblée mais minimale aux intérêts américains dans la région pour « sauver la face » sans provoquer une guerre totale. Pour la Tunisie, les conséquences seraient indirectes : augmentation de l’instabilité régionale, hausse potentielle des prix du pétrole et nouvelles pressions migratoires. Sa relation avec l’Iran pourrait lui valoir des frictions accrues avec les États-Unis et certains partenaires européens.
Scénario 2 : L’embrasement régional et la crise politique interne en Iran
Des frappes américaines massives pourraient déstabiliser durablement le régime de Téhéran, déjà affaibli par une contestation sociale et économique profonde. Une déstabilisation de l’Iran créerait un vide géopolitique majeur, exacerbant les conflits par procuration au Yémen, en Syrie ou au Liban. La Tunisie, déjà économiquement vulnérable, serait exposée à un choc énergétique et à une insécurité généralisée en Méditerranée. Son rapprochement avec Téhéran pourrait alors être perçu comme un grave errement stratégique.
Scénario 3 : Le rebond iranien et l’accélération nucléaire
Si l’Iran survit à des frappes limitées sans changement de régime, il pourrait se retirer du Traité de non-prolifération (TNP) et poursuivre ouvertement la fabrication d’une arme nucléaire, avec un soutien accru de la Russie ou de la Chine. Une course à l’armement nucléaire dans la région plongerait la Tunisie dans un environnement de sécurité durablement dégradé.
5. Perspective historique : des relations en dents de scie
Les relations entre la Tunisie et l’Iran ont connu plusieurs phases depuis l’indépendance tunisienne en 1956.
- Ère Bourguiba (1956-1987) : Relations cordiales, marquées par une visite d’État de Bourguiba en Iran en 1965. Les liens se détériorent après la Révolution iranienne de 1979, par crainte de l’exportation du modèle islamiste. La rupture est consommée en 1987.
- Ère Ben Ali (1987-2011) : Les relations reprennent progressivement sur une base pragmatique, dans le cadre de la politique de « zéro ennemi » de la Tunisie.
- Post-révolution de 2011 : Le gouvernement de la Troïka (2011-2014), dominé par le parti islamiste Ennahdha, suscite un regain d’intérêt de l’Iran, avec des projets de coopération économique. Une méfiance sociale persiste, matérialisée par la création d’une « Association tunisienne contre le chiisme ».
- Période récente (depuis 2021) : Sous la présidence de Kaïs Saïed, le rapprochement connaît une accélération sans précédent, motivé par un alignement idéologique anti-occidental et une recherche de nouveaux partenaires face à l’isolement économique de Tunis.
Le rapprochement Tunis-Téhéran reste largement symbolique et politique, sans ancrage économique ou sociétal profond. En cas de guerre, la vulnérabilité de la Tunisie ne viendra pas de ses liens directs avec l’Iran, mais des retombées économiques et sécuritaires d’un conflit régional (prix de l’énergie, tourisme, stabilité méditerranéenne) et de la possible détérioration de ses relations avec les Occidentaux. Pris entre son nouveau positionnement diplomatique et les réalités géopolitiques, Tunis pourrait payer au prix fort un rapprochement qui, pour l’heure, lui offre peu de bénéfices tangibles.
6- Analyse d’Impact GéopolitiqueRégion: MENA / MaghrebStatut: Final
Alors que la confrontation entre l’Iran et les États‑Unis s’intensifie au début de 2026, la Tunisie, bien qu’éloignée géographiquement et économiquement de Téhéran, se trouve exposée à des risques systémiques majeurs. Ce rapport analyse les leviers de cette influence, des chocs énergétiques mondiaux aux pressions diplomatiques sur la neutralité tunisienne.
7. Rapport Économique et Culturel
7.1 Poids réel des échanges
Les données de l’ONU (COMTRADE) et de l’OEC confirment que les échanges bilatéraux sont marginaux, représentant moins de 0,01 % du commerce total de chaque pays.
| Flux Commercial (2023) | Valeur (USD) | Principaux Produits |
|---|---|---|
| Exportations Tunisie → Iran | $82 170 [1] | Céramiques réfractaires [2] |
| Exportations Iran → Tunisie | $163 000 [3] | Cellulose, Polymères, Styrène |
7.2 Trajectoire Politique (2024-2025)
Malgré la faiblesse des chiffres, une dynamique de rapprochement est enclenchée :
- Mai 2024 : Visite historique du président Kais Saïed à Téhéran.
- Juin 2024 : Abolition réciproque des visas pour stimuler le tourisme.
- Avril 2025 : Création d’un comité économique conjoint.
- Septembre 2025 : Discussions sur des liaisons aériennes directes Tunis–Téhéran.
8. Menaces Américaines et Escalade
Le 11 janvier 2026, le président Donald Trump a durci le ton face à Téhéran :
« Les États-Unis envisagent des options très fortes… nous pourrions devoir agir rapidement. »
Les scénarios militaires incluent des frappes ciblées, des cyberattaques massives et un renforcement drastique des sanctions secondaires, plaçant les partenaires de l’Iran sous haute surveillance.
9. Scénarios d’Impact pour la Tunisie
Choc Énergétique
La fermeture du détroit d’Ormuz provoquerait une explosion des prix du baril. Pour la Tunisie, importatrice nette, cela signifie une hausse immédiate du déficit énergétique et de l’inflation sur les produits de base .
Pression Financière
La fuite vers le dollar alourdirait le service de la dette tunisienne. Les coûts d’emprunt augmenteraient, réduisant la marge de manœuvre budgétaire pour les subventions sociales.
Dilemme Diplomatique
Washington pourrait imposer des sanctions secondaires. La Tunisie devrait choisir entre poursuivre son rapprochement avec Téhéran ou préserver ses liens avec ses bailleurs de fonds occidentaux.
Médiation
Opportunité rare : Tunis pourrait se positionner comme médiateur neutre, utilisant ses nouveaux canaux avec l’Iran pour stabiliser la région, valorisant ainsi son poids diplomatique.
9. Historique des Relations
Le rapport entre les deux nations a toujours été marqué par une prudence pragmatique :
- 1950-1970 : Relations protocolaires stables avec le Shah .
- 1987 : Rupture diplomatique totale. Tunis accuse Téhéran de soutenir la subversion islamiste locale .
- 2000-2023 : Normalisation lente et neutralité dans le conflit Iran/Arabie Saoudite.
- 2024-Présent : Rapprochement souverainiste sous l’impulsion du président Saïed.
L’impact d’une guerre ne serait pas commercial (flux négligeables) mais systémique. La Tunisie paierait le prix fort via l’inflation énergétique et l’instabilité financière mondiale. La résilience passera par une diversification accélérée et une diplomatie de neutralité active.mirothinker







