Home A la une Agressions policières : Et que cesse le triste spectacle !

Agressions policières : Et que cesse le triste spectacle !

Par : Kamel Zaiem

Tout va très vite ces derniers jours alors que la pandémie continue à frapper de plus belle. Et si la tension semble baisser au Parlement, c’est dans les rues que la bataille bat son plein.

Depuis deux semaines et l’annonce « grossière » des augmentations des prix de certains produits alimentaires, en plus de l’essence et de la consommation d’eau et d’électricité, le chef du gouvernement semble battre de l’aile. Les différentes composantes de la société civile ont clairement et rigoureusement condamné des décisions prises à la légère, sans sens de la responsabilité, juste pour plaire aux responsables du FMI qui ne semblent pas chauds pour venir en aide d’un pays incapable de se prendre en charge et d’élaborer une véritable carte de route pour éviter la faillite et pour redonner une âme à son économie agonisante.

Ceux qui s’attendaient à une réaction populaire immédiate à ces augmentations n’ont pas été rapidement servis. C’est que le paysage politique a eu du mal à se prononcer, y compris les partis qui avaient l’habitude de crier sur les toits leur colère pour des affaires futiles. Abir Moussi et son PDL ainsi que d’autres formations politiques qui se plaisent à se prendre pour des anges gardiens du citoyen lambada comme « Attayar », ont eu de la peine à condamner la nouvelle option gouvernementale visant à faire sauter en éclats le principe de la caisse de compensation.

Triste exemple

Il a fallu attendre plus d’une semaine pour voir les choses bouger. Et ce n’est pas la sphère politique qui a fait, cette fois-ci, du bruit. Comme par hasard, ces derniers jours ont été riches en matière de recrudescence des violences policières. Et comme ce fut le cas au mois de janvier précédent, c’est dans les cités déshéritées que la mèche a pris. A Sidi Hassine comme à El Jayara, deux jeunes sont morts. L’un dans les locaux de la police, l’autre dans des conditions obscures. C’était suffisant pour lancer le bal des manifestations des jeunes de ces quartiers misérables qui sont sortis dans les rues pour exprimer leur colère, de nuit comme de jour. Et cette fois-ci, l’accueil policier n’était pas des plus chaleureux et les jeunes manifestants, qui ne s’y attendaient sûrement pas, ont été brutalement réprimées par les forces du ministère de l’Intérieur. Pis encore, un adolescent de seize ans à peine, a été dénudé par des policiers, tabassé et humilié devant les jeunes de son quartier pour en faire, peut-être, un exemple. La scène a été horrible et la réaction du ministère de l’Intérieur a été singulièrement confuse, omettant même de présenter des excuses.

Et rebelote. Samedi dernier, une manifestation conduite par des jeunes en colère à l’avenue Bourguiba, a également tourné au vinaigre. Là aussi, on a assisté à un triste spectacle avec des hordes de flics déchainés, prêts à déverser leur brutalité contre des jeunes qui n’avaient à leur opposer que leur courage et leurs voix.

Toute une stratégie

Après ce second acte caractérisé par une agressivité excessive, tout laisse penser qu’il s’agit, dorénavant, d’une option stratégique et même d’une politique d’Etat. Le ministère de l’Intérieur peut évoquer des actes isolés, mais lorsque le scénario se reproduit encore en l’espace de trois jours, avec le même degré d’agressivité, il faut être plus que candide pour penser à un simple concours de circonstances.

Face à de nouvelles pratiques qui rappellent l’oppression des régimes passés et qui menacent sérieusement la délicate démocratie qui trouve du mal à s’installer durant toute la décennie passée, la pilule ne peut plus passer et ceux qui s’enorgueillissent de défendre les libertés et la dignité du peuple n’auront plus le droit, à présent, de se taire ou de faire semblant de ne rien voir.

Place à l’action

Et si Mechichi trouve du mal à satisfaire et à convaincre une population de plus en plus appauvrie et marginalisée, il n’a évidemment pas le droit de l’exposer, à chaque manifestation de colère, aux matraques et aux nauséabondes pratiques de ses sbires.

Pour sa part, Kaïs Saïed, le président de la République, qui s’est déplacé à Sidi Hassine pour voir et consoler la victime de son ex-conseiller, il ne doit plus se limiter, désormais, aux simples déclarations vagues et stériles. Lui, aussi, en tant que président élu par une écrasante majorité populaire, se doit de défendre ceux qui lui ont fait confiance et se montrer plus mordant et plus décisif qu’avant.

K.Z.

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